Serge Poluchine

Serge Poluchine est un cinéaste né dans une famille d'artistes russes qui ont un jour posé leurs valises en France, à Nice.
En cette époque de post-révolution, les immigrés de Russie étaient tous issus de classes au niveau socio-culturel élevé, prédisposées à de grandes ambitions.
C'est ainsi qu'aussitôt arrivés en France, une partie de la famille s'orienta vers l'avenir et l'industrie cinématographique, en s'installant à Malakoff et en créant le laboratoire LIANOFILM. (*)
C'est là que Serge Poluchine découvrit à 7 ans, assis sur les genoux bienveillants des monteuses, l'art du collage et de l'assemblage des pellicules. Le laboratoire était devenu sa cinémathèque où dans le noir, l'enfant se faufilait en salle de projection et découvrait les chef-d'œuvres du cinéma, en cours de fabrication.
Dans les couloirs, il entendait les remarques du commandant Cousteau, les cris enragés de Georges Clouzot, les murmures de René Clément, les félicitations des japonais concernant le traitement de l'eastman-color.
Mais encore ...
Jean Renoir, Claude Autan Lara, Roger Vadim, Robert Hossein, Luis Bunuel... Voici autant d'exemples prestigieux qui ont alimenté son imaginaire d'enfant, mais également son quotidien, lorsqu'il les croisait subjugué, dans les couloirs ou en salle de vision privée.

Sa première « œuvre de cinéaste », Serge Poluchine l'a réalisé sur plaques de verres peintes projetées au travers d'une boite en carton avec une lampe de chevet.
Il n'avait alors que 6 ans, mais percevait sa recette auprès des voisins de l'immeuble. Les parents désapprouvaient, mais le cinéaste en herbe investissait sa recette dans l'achat de nouvelles plaques de verre. Une vocation était née, elle ne s'est plus jamais éteinte.

Souvent en voyages, ses parents l'ont confié à l'internat saint Georges, chez les pères jésuites, développant chez lui une ouverture d'esprit, ainsi qu'un sens aigu de la tolérance, et d'abjection de toute injustice.

Entré à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, Serge Poluchine ne laisse pas échapper sa chance lorsque Salvador Dali décide de prendre 10 élèves en cours particuliers à l'hôtel Meurice de Paris. Le maitre a choisi ce lieu en référence à l'occupation allemande, dans un esprit de défi vis à vis des ennemis de l'art nouveau.
Durant 3 mois, Serge Poluchine apprend à construire, à interpréter et à exprimer sous la conduite de Dali qui se révèle un extraordinaire pédagogue. Cet enseignement inaltérable est aujourd'hui transposé de la peinture au cinéma et se retrouve dans chaque composition de cadrage.



(*)LIANOFILM dirigé par Boris Gandourine qui était le grand oncle et le parrain de Serge Poluchine, fût le laboratoire qui introduisit la couleur au cinéma en traitant l'Eastman-color. A la mort de Boris Gandourine, LIANOFILM fut racheté par L.T.C. .